Le projet innovant AgroImpact qui vise à réduire les émissions carbone des exploitations agricoles continue son évolution. L’un de ses acteurs, Nestlé, a présenté son implication jeudi passé.
«Si l’agriculture contribue au changement climatique, elle peut aussi faire partie de la solution», expliquait Aude Jarabo, directrice de l’association AgroImpact, lors d’une conférence de presse, jeudi passé, organisée par Nestlé Suisse sur l’exploitation de David Jaccoud à Froideville.
AgroImpact, c’est une association à but non lucratif reconnue d’utilité publique, mais aussi une alliance intersectorielle inédite qui accompagne les agriculteurs vaudois (dont plusieurs nord-vaudois), romands et peut-être bientôt alémaniques dans leur transition écologique (voir La Région du 10 décembre 2024).
Lancée en janvier 2024, elle a déjà fait du chemin. De nombreux nouveaux membres et agriculteurs ont rejoint le projet, renforçant ainsi la structure. À ce jour, 80 exploitations agricoles ont signé un plan d’action pour réduire leur empreinte carbone et 416 se sont inscrites pour réaliser le bilan de leurs émissions de gaz à effet de serre (GES).
La santé des sols, une nécessité
En tant qu’hôte de cette journée, Nestlé a expliqué un peu plus en détail son implication et ses intérêts vis-à-vis du projet. En effet, la multinationale a mis en place une stratégie climat visant à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050. Depuis 2018, Nestlé aurait d’ailleurs diminué de 20% ses émissions de GES.
Et c’est notamment sur sa chaîne d’approvisionnement agricole que l’entreprise a entrepris des réflexions importantes. En effet, parmi toutes les chaînes de valeur de Nestlé, la production des matières premières agricoles représente deux tiers de ses émissions carbone.
En Suisse, comme à l’international, l’un des fers de lance de sa stratégie climat est donc l’agriculture régénératrice, qui passe en partie par l’amélioration de la santé des sols. Car des sols en bonne santé absorbent davantage de CO2, sont plus résistants aux effets du changement climatique et peuvent augmenter la productivité des cultures.
En faisant partie du projet AgroImpact, Nestlé y apporte un soutien financier, partage ses connaissances et incite les exploitations agricoles qui lui fournissent des matières premières à faire leur bilan carbone. C’est par exemple le cas pour David Jaccoud.
Le choix de l’agriculteur
«Dans cette transition, la mentalité de l’agriculteur est importante, explique David Jaccoud. Il souligne en effet que ce corps de métier est bien souvent récalcitrant aux projets qui lui imposent de nouvelles réglementations, surtout s’il a l’impression qu’on lui a forcé la main. «Ici, c’est l’agriculteur qui choisit ce qu’il veut mettre en place et les ajustements qu’il est prêt à faire. D’ailleurs, souvent, il a déjà de bons réflexes. Cela permet donc de les valoriser.» Et les bonnes pratiques, c’est, par exemple, augmenter l’apport de luzerne dans l’affouragement. Cette plante est un apport de protéines produit localement et qui, une fois digérée, émet moins de méthane. De plus, elle capture l’azote présent dans l’air et le redistribue dans le sol, un élément essentiel pour la croissance des végétaux.
En contrepartie du respect des engagements pris sur son exploitation, l’agriculteur reçoit alors une prime établie par la plateforme de financement d’AgroImpact. Celle-ci comprend les soutiens financiers des industriels et des distributeurs, des mécènes, des banques, des assurances et des cantons. Les premières primes ont d’ailleurs été délivrées en janvier 2025. À noter que l’agriculteur reçoit également un soutien dans sa démarche de diagnostic.
Pour David Jaccoud, la prime s’élevait à environ 8000 francs. «On ne va pas se mentir, ce susucre peut être une motivation, mais participer à ce projet, c’est aussi l’occasion pour les agriculteurs d’avoir un argument pour montrer leur engagement. De montrer qu’ils ne sont pas que des pollueurs.»
Pas de la poudre aux yeux
N’étant pas présent lors de la conférence de presse, le World Wide Fund pour la nature (WWF), contacté plus tard, confirme son soutien à AgroImpact. Ce projet qui vise à diminuer l’empreinte climatique de l’agriculture, préserver le climat, la biodiversité et la santé des sols a convaincu le WWF dès le départ, explique Pierrette Rey, porte-parole du WWF pour la Suisse romande. «Ce qui nous a notamment convaincus, c’est cette dynamique de dialogue où tous les partenaires ont le même poids.»
Et les acteurs de l’association sont tous formels. Il ne s’agit pas là d’une manœuvre d’écoblanchiment (ou greenwashing). «AgroImpact ne s’inscrit pas dans une dynamique de compensation carbone, mais dans une quête pour trouver de vraies solutions et promouvoir la transition écologique de l’agriculture, précise Pierrette Rey. Tous les acteurs se rendent compte qu’ils font face à des défis climatiques importants et qu’il est nécessaire d’œuvrer ensemble pour progresser.»
À noter qu’AgroImpact n’est pas un label et qu’il reste en dehors de toutes les mécaniques de marché.
Tous assis à la même table
La grande nouveauté de cette action, c’est que les 45 membres de l’association AgroImpact partagent la gouvernance. Un dispositif qui permet de renforcer la collaboration. Ils sont répartis en six secteurs: les associations et ONG de défense environnementale (comme WWF et Earthworm), la formation et le conseil (Agridea ou Proconseil), les fédérations de producteurs (telles que Prolait, Mooh ou l’Union suisse des paysans), l’industrie et le commerce (Nestlé, Lidl ou Sucre Suisse), les chambres d’agriculture (Prométerre, AgorA ou encore AgriFribourg), la recherche (EPFL, HEPIA ou Agroscope) et des invités (six cantons romands). Une approche multidisciplinaire qui permet à tous d’exprimer leurs préoccupations et de trouver des points de rencontre.
«Si certains dialogues ont pu être plus tendus que d’autres, aujourd’hui des compromis ont été trouvés. Parfois, certains acteurs qui ne s’entendaient pas commencent même à s’apprécier», sourit Aude Jarabo, directrice d’AgroImpact.