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L’ascension fulgurante d’Eliot Golay

16 janvier 2020 | Edition N°2663

Le Combier s’est mis au snowboard freestyle il y a quatre ans. Il a intégré une filière sport-études à Engelberg l’été dernier et s’est qualifié pour l’épreuve olympique de halfpipe dans la foulée. Il sera en lice mardi à Leysin.

En forçant un peu le trait, on pourrait dire qu’en quatre ans, Eliot Golay est passé de son jardin aux JO de la Jeunesse. «Je faisais du ski freestyle et j’avais envie de changement, alors j’ai décidé de me mettre au snowboard. Avec des amis, on a un petit stock de tuyaux. On va chez celui qui a le plus de neige devant sa maison», explique le Combier. Et quand la bande de copains s’est suffisamment dépensée dans son snowpark artisanal, elle se rabat sur des vidéos de snowboarders.

Mais ces moments se font désormais plus rares pour le rider qui, après deux hivers de compétitions régionales puis une saison sous la houlette de Ski Romand, a décidé de passer à la vitesse supérieure en intégrant une filière sport-études à Engelberg. Depuis l’été dernier, il partage ainsi son temps entre les bancs de l’école de commerce et les entraînements. «Deux à trois jours par semaine, je vais en cours et je fais des sessions de condition physique ou de trampoline. Les journées restantes, je suis sur mon snowboard, souvent à Laax, dans les Grisons, et j’étudie le soir.»

S’il vit plutôt bien l’éloignement de sa famille – «Je n’étais déjà pas souvent à la maison avant: je passais surtout la plupart de mon temps à faire du sport avec mes copains» –, celui qui a terminé 6e des derniers Championnats de Suisse élite admet cependant que ses amis lui manquent un peu. «Mais le but, c’est de me donner les moyens de vivre du snowboard.» Un rêve que son papa Laurent – qui conçoit aujourd’hui skateboards et autres rampes en bois au sein de sa manufacture –caressait aussi quand il était plus jeune.

Une place dans le top 15

Le Combier de 16 ans a, lui, effectué un pas de plus dans la bonne direction, puisqu’il a été choisi pour représenter la Suisse aux JO de la Jeunesse, en halfpipe. «Je ne m’y attendais pas, car j’ai été blessé au mauvais moment (lire encadré). Mais apparemment, les entraîneurs nationaux chargés de la décision ont vu un certain potentiel en moi…»

Arrivé hier au Vortex, où sont logés les participants des JOJ, Eliot Golay sera en lice mardi, à Leysin, aux côtés de dix-neuf autres athlètes. «Je vise le top 15, mais ça ne sera pas facile. La moitié des concurrents évoluent déjà en Coupe du monde, le niveau sera élevé. Pour mes deux passages en qualification, je prévois de réaliser un premier run basique et un deuxième plus engagé. Puis, si j’arrive à me hisser en finale, j’augmenterai encore un peu la difficulté.»

Des trajets en transports publics

Celui qui est aussi un adepte du skateboard s’est entraîné à Laax durant les fêtes, dans un  halfpipe plus haut que celui de sept mètres dans lequel se dérouleront les compétitions olympiques, avant de peaufiner sa préparation à Crans-Montana, ces derniers jours. «C’est la même machine qui a réalisé le module que celle qui sera utilisée à Leysin. Du coup, ça devrait être assez similaire.» Les entraînements dans la station vaudoise commencent aujourd’hui et se poursuivront jusqu’à dimanche. «Je ferai les trajets en transports publics (ndlr: comme la majorité des athlètes de Lausanne 2020), le mot d’ordre de Swiss Olympic étant cool and clean

 

Sur les traces de sa maman

Eliot Golay a beau suivre sa propre voie, il n’empêche que ses choix en matière de formation, tout comme ceux sur le plan sportif, sont loin de détonner avec son environnement familial. «Ma mère, Padu, a fait une école de commerce, et s’occupe désormais de la vente et de la partie administrative de la manufacture de mon père. J’ai donc choisi ma formation en connaissance de cause, car je savais qu’il y avait beaucoup de débouchés. Et si ça ne marche pas pour moi dans le sport, je pourrai directement travailler à la fin de mon cursus, ce qui n’aurait pas été le cas si j’avais été au gymnase.»

Il admet que cette dernière option l’aurait peut-être tenté s’il n’y avait pas eu le snowboard. «En tout cas, je ne me serais jamais lancé dans des études de commerce, précise-t-il en rigolant. Mais peut-être que j’aurais essayé d’intégrer l’école de cirque Dimitri, au Tessin, ou que je serais devenu charpentier.» Un domaine dans lequel il a déjà travaillé durant ses vacances d’été. «Cela me permet de gagner un peu d’argent pour financer ma saison d’hiver, tout en me maintenant en bonne condition physique.» De quoi garder un certain rythme en attendant les premiers flocons.

 

Une blessure qui aurait pu le priver des JOJ

«Je fais beaucoup de condition physique, pour limiter les dégâts en cas de chute, indique Eliot Golay. Il y a aussi une énorme préparation sur trampoline, pour la coordination et le repérage dans l’air.» C’est d’ailleurs lors d’une de ces sessions d’entraînement que le Combier s’est foulé une cheville, en novembre dernier. Une blessure qui aurait bien pu l’empêcher d’être sélectionné pour les JO de la Jeunesse: «Quand le physio m’a annoncé que je ne pourrais pas faire de snowboard pendant dix semaines, je me suis dit que c’était foutu.» Mais sa convalescence a finalement été plus courte que prévue et, quatre semaines plus tard, le snowboarder était déjà de retour à l’entraînement. Un rétablissement express qui lui a permis d’être retenu, à la mi-décembre, pour faire partie de la délégation suisse de Lausanne 2020.

Eliot Golay n’en était cependant pas à sa première blessure puisque, en 2018, victime d’une mauvaise chute, il était tombé sur la tête, avait perdu connaissance et était resté deux nuits en observation à l’hôpital de Brigue. «Je n’ai pas eu de bol, j’ai été poussé par une rafale. Je m’en suis finalement sorti avec un poignet cassé qui, heureusement, s’est très bien remis.»

Muriel Ambühl