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Les écoles suisses «au chevet» du Sud

31 octobre 2018 | Edition N°2364

Yverdon-les-Bains – Plusieurs hautes écoles ont bûché sur un prototype d’appareil radiologique tout terrain, présenté lundi à la Marive.

«Deux tiers de la population mondiale n’a pas accès aux examens radiologiques.» Ce constat a été martelé lundi soir à la Marive, à Yverdon-les-Bains, lorsqu’a été dévoilé le prototype préindustriel de Globaldiagnostix, un appareil de radiographie novateur, fruit d’une collaboration de plus de six ans entre plusieurs hautes écoles.

Pour Klaus Schönenberger, responsable de projets à l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne (EPFL), qui a coinitié le développement de l’objet, ce sont surtout les pays les plus pauvres, notamment d’Afrique, qui souffrent du manque d’accès à cet examen. Les causes: le coût des engins actuels d’abord, estimé à 500 000 francs sur dix ans. Ensuite, le manque de personnel formé ainsi que les problèmes d’infrastructure tels que les pannes électriques récurrentes, ou encore les conditions climatiques difficiles qui usent rapidement les machines.

Le prototype préindustriel a été dévoilé lundi soir, et une démonstration a été faite pour illustrer sa facilité d’utilisation. ©Carole Alkabes

Ce nouveau dispositif a été pensé avec ces problématiques en tête. Ainsi, ce produit, dont l’industrialisation est prévue pour courant 2020, devrait coûter 70 000 francs sur dix ans. Présenté comme innovant dans sa mécanique, sa gestion électrique et son interface, il a été conçu pour être le plus accessible possible et adapté aux spécificités régionales. La machine est aussi destinée aux petits centres de santé en Europe, dont les moyens sont limités et dont l’équipement est parfois vétuste.

Une collaboration d’ampleur

Concocter le Globaldiagnostix n’a pas été une mince affaire. Initié en 2012, il a nécessité quasi 200 spécialistes, des designers de l’Ecole cantonale d’art de Lausanne aux ingénieurs de la Haute Ecole d’ingénierie et de gestion du canton de Vaud (HEIG-VD) ou encore de la Haute Ecole d’ingénierie et d’architecture de Fribourg. Des anthropotechnologues se sont même penchés sur l’ergonomie de la machine et son adapatation aux différentes cultures. Le Centre hospitalier universitaire de Yaoundé au Cameroun a aussi été consulté sur le développement de ce prototype.

Le vice-président de l’EPFL, Edouard Bugnion, le rectrice de la HES-SO, Luciana Vaccaro, la directrice de la HEIG-VD, Catherine Hirsch, et le conseiller fédéral Johann Schneider-Ammann ont vanté l’interdiciplinarité du projet. ©Carole Alkabes

«C’est un moment symbolique important, a déclaré Catherine Hirsch, directrice de la HEIG-VD. L’établissement collabore sur le projet avec l’EPFL depuis 2012 sur les questions d’alimentation électrique et de mécanique», a-t-elle expliqué, en soulignant le dynamisme et l’interdisciplinarité de la Haute Ecole spécialisée de Suisse occidentale (HES-SO), dont dépend la HEIG-VD, dans la recherche appliquée. «C’est surtout l’ampleur et l’intensité du projet qui marquent l’évènement.»

Une vigueur que n’a pas manqué de relever le conseiller fédéral chargé du Département de l’économie, de la formation et de la recherche, Johann Schneider-Ammann, venu voir de ses yeux le modèle dévoilé lundi. «Ce projet illustre à merveille les compétences de la HES-SO, a commenté le ministre. Cette complémentarité est essentielle pour la Suisse dont la matière première est la matière grise. Le Globaldiagnostix est très représentatif du savoir-faire suisse.»

Entre impact et profit

Au-delà de l’effervescence académique et de la dimension humanitaire du discours, il n’en demeure pas moins que la population mondiale privée d’accès à la radiographie a aussi été présentée comme une opportunité économique pour la Suisse.

Bertrand Klaiber, directeur de la start-up Pristem, et Klaus Schönenberger, coinitiateur du projet, ont rappelé que Globaldiagnostix répondait à un besoin. ©Carole Alkabes

«Le marché traditionnel stagne et les pays émergents sont en plein essor. Le pays doit être compétitif sur ces nouveaux marchés», a confié Bertrand Klaiber, président de la start-up Pristem, impulsée par l’EPFL, qui s’occupe d’attirer les investisseurs sur le projet. Quatorze millions de francs ont d’ailleurs été levés cet été et quatre brevets ont été déposés dans la foulée. Cet élément pose aussi la question de l’accès des états du Sud à cette technologie et de leur dépendance au Nord pour moderniser leurs infrastructures. «Plein de pays ne veulent plus de donations, car le matériel envoyé est vieux et inadapté, a relevé Bertrand Klaiber. Ce projet nous tient à cœur, et il faut attirer les investisseurs. Le business permet à la fois d’avoir un impact et de faire du profit.»

Guillaume Guenat