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Malmené durant sa scolarité, il réalise son rêve dans les airs

29 mai 2019 | Edition N°2508

Mikael Garcia est devenu steward à force de travail, mais aussi grâce à de belles rencontres, notamment au Repuis.

Le 15 octobre dernier, Mikael Garcia embarquait pour un vol Swiss depuis Genève, à destination de Londres. Rien de plus banal, aujourd’hui. Mais ce qui l’est moins, c’est que ce jeune homme de 24 ans souffre de nombreux troubles «dys»: dyslexie, dysphasie, dyscalculie, dysorthographie… Ce 15 octobre 2018 sonnait comme une victoire, car c’est comme steward qu’il partait pour la City. Mais avant d’y arriver, le chemin a été long, parsemé d’embûches, d’humiliations et de préjugés.

«Petit, je voulais être chauffeur de bus. Mais ce qui me branchait réellement, c’était d’être pilote d’avion. J’ai un simulateur de vol chez moi, sur lequel j’ai déjà fait 450 heures! Alors, devenir steward, c’est mettre un pied dans l’aviation. Et qui sait, peut-être qu’un jour je pourrai prendre la place du commandant de bord?»

L’école obligatoire a été difficile

Avant d’en arriver là, ce Neuchâtelois de 24 ans a dû batailler ferme. «À l’école, beaucoup de personnes, enseignants compris, me prenaient pour un demeuré. Parce que j’étais très fortement dyslexique, et toutes les autres dys possibles. Parce que j’étais lent, parce que je n’arrivais pas à maîtriser le calcul… Quand je leur disais que je voulais être steward, tout le monde riait. Ils me disaient que je ferais mieux d’oublier ce rêve. à la fin de ma scolarité, j’ai eu la chance d’entrer au Repuis (lire ci-contre), où j’ai pu démarrer une formation d’intendant. Ça n’a pas été facile, mais on est encadrés par des maîtres professionnels et des assistants très humains, qui sont réellement là pour nous aider.» Sa première victoire a été l’obtention de son Attestation fédérale de formation professionnelle. Parallèlement, il a quitté l’internat pour rejoindre un hébergement en milieu ouvert, à Yverdon-les-Bains. «J’ai pu apprendre à gérer un budget, et acquérir toutes les aptitudes pour avoir une vie indépendante.»

Mais Mikael Garcia n’en démordait pas: il voulait être steward et, pour ça, il lui fallait un Certificat fédéral de capacité! Avec le soutien des formateurs, directeur en tête, il est parvenu à convaicre l’assurance-invalidité de financer la suite de sa formation. Trois ans plus tard, en 2017, il brandissait fièrement son CFC, après avoir peaufiné son métier d’intendant dans un home pour personnes âgées, puis dans une maternité.

«Quand on veut, on peut»

Le jeune intendant était à bout touchant. Portugais, il était déjà bilingue. Pourquoi ne pas continuer avec l’anglais? Sans plus attendre, il est parti pour l’Angleterre et a obtenu, en quelques mois, son diplôme. «À l’école, on m’avait supprimé les cours de langue parce que les enseignants jugeaient que c’était trop difficile pour moi. Curieusement, je n’ai pas souffert de dyslexie en apprenant l’anglais», s’étonne-t-il.

Et en janvier 2018, la lecture d’une offre de recrutement publiée par la compagnie nationale d’aviation lui a fait miroiter l’aboutissement de son rêve. Ni une, ni deux, il a momentanément quitté la City pour se présenter au casting. Et il a été choisi parmi quelque 200 participants! Son diplôme d’anglais en poche, il a démarré sa formation de steward en septembre 2018 et effectué son premier vol professionnel le mois suivant à destination de… Londres! «Je suis fait pour cette profession. Dès que j’enfile mon uniforme, j’ai la banane. J’aime servir les gens, parler avec les passagers, les rassurer ou les aider. Je suis amoureux de ce métier. Le matin, je suis heureux et fier d’enfiler mon costume, de me promener dans l’aéroport, de découvrir de nouvelles villes… Swissair m’a fait rêver quand j’étais enfant. Aujourd’hui, c’est Swiss, à l’exclusion de toute autre compagnie, qui me fait rêver.»

Pour l’heure, Mikael Garcia n’assure que les courts et moyens courriers. Mais, à terme, il vise aussi les longs courriers et espère monter dans la hiérarchie en cabine.

«La vie est comme un avion. Vous êtes aux commandes, avec le personnel-ami à vos côtés pour vous soutenir. En cas de problème, il faut maintenir le cap. S’il y a des zones de turbulences, il faut les franchir. Et quand le pilote arrive à destination, il est content. Il remet l’avion sur la piste et repart vers d’autres destinations. Moi, j’ai pris mon envol. Le Repuis est mon avion.»

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«Mikael est l’exemple
parfait de l’étudiant au Repuis»

Le directeur du centre de formation se réjouit du parcours du jeune homme. La Fondation du Repuis existe depuis 1933. Philippe Ambühl est directeur de ce centre de formation professionnelle spécialisée pour la Suisse romande.

Cette structure a progressivement évolué et peut se réjouir d’avoir aujourd’hui des outils de conduite modernes, identiques à ceux de l’économie privée, au service de la formation professionnelle spécialisée. Le centre fait partie des leaders romands dans le domaine et accueille, chaque année, quelque 370 jeunes, 70% d’hommes et 30% de femmes, âgés de 15 à 30 ans, dont 20% viennent du canton de Neuchâtel. Au Repuis, les jeunes peuvent choisir une formation dans une quinzaine de domaines. Ils sont généralement suivis par l’assurance-invalidité.

«Mikael se démarque parce que, quand on voit son rêve de départ, on pouvait se demander comment il allait y parvenir. Aujourd’hui, on peut mesurer la volonté qu’il faut pour y arriver. Par son parcours, il est l’exemple parfait de l’étudiant au Repuis, souligne le directeur Philippe Ambühl. Il est passé par tous les concepts de formation et en a, à chaque fois, tiré le maximum pour s’enrichir et poursuivre sa formation, jusqu’à atteindre son but. Il existe plusieurs très belles histoires de réussite professionnelle de nos apprentis. Par exemple, l’un d’eux, au bénéfice d’un CFC de plâtrier-peintre en bâtiment, vient de s’associer avec deux autres jeunes pour créer une entreprise.»

Dominique Suter