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Penthéréaz ou l’esprit d’intégration

20 septembre 2019 | Edition N°2585

Chaque semaine, un ou des habitants de la région ouvrent l’album de leurs souvenirs et une fenêtre sur leur village.

L’ancienne école du village, dans laquelle les trois fils du couple ont étudié. Elle n’accueille plus d’élèves depuis 2018. © Michel Duperrex

Baignée dans le soleil de fin d’après-midi en ce mois de septembre, Penthéréaz semble être une paisible commune du Gros-de-Vaud. Éloignée des grands axes routiers qui relient Yverdon-les-Bains à Lausanne, elle paraît ne pas être atteinte par le phénomène d’urbanisation que connaissent d’autres localités des environs. Sa population augmente cependant, et de nouveaux villageois viennent s’y installer régulièrement. Ce fut autrefois le cas de Daniel et Claire-Lise Russ, 74 et 73 ans. «Nous vivons ici depuis peu, c’est-à-dire depuis 1978», s’amusent-ils à dire. Comme dans de nombreux villages, Penthéréaz connaît un hiatus chez ses habitants, entre les natifs et les villageois d’adoption.

Même s’ils y habitent depuis plus de quarante ans, les Russ se rangent eux-mêmes dans la deuxième catégorie. Cela ne les a pas empêchés de s’engager dans la vie régionale. Daniel Russ était médecin scolaire et travaillait à échallens. Quant à son épouse, elle a présidé la commission scolaire régionale et a donné le culte de l’enfance aux jeunes du village. Aujourd’hui à la retraite, ils s’investissent dans plusieurs associations, et Daniel Russ présidait il y a encore deux mois le Conseil régional des églises. «J’ai pris ma deuxième retraite», glisse-il, satisfait d’avoir un peu plus de temps à sa disposition.

Un esprit d’équipe

La fromagerie du village est un lieu fort apprécié, où se retrouvent les Matous. Le fromage de Penthéréaz est d’ailleurs connu dans la région et au-delà. Depuis 1993, Gilbert Golay tient la laiterie du village avec son épouse Lise, qui assure la gestion du magasin. Ensemble, ils fabriquent près de 250 tonnes de fromage par an. Par ailleurs, ils ont reçu de nombreux prix internationaux.
© Michel Duperrex

Grâce à leurs différents engagements, le couple connaît de nombreuses familles dans le village et ailleurs. Ils ont conscience que les efforts collectifs sont utiles pour s’intégrer. «L’entraide, les liens sont des choses qui se construisent», remarque Claire-Lise Russ. Une nécessité que la Municipalité a comprise, selon eux. Le médecin retraité explique : «Il y a cinq ans, une fête du village a été organisée. Cet évènement a été fondateur, car il a permis aux nouveaux habitants de s’impliquer. Sur une population de 350 personnes, 180 étaient des bénévoles!» Depuis, la vie à Penthéréaz a évolué, et beaucoup d’activités ont été développées. Une prochaine fête du village est prévue en 2020. Un chœur éphémère a même été constitué, dont fait partie Claire-Lise Russ. Son mari préfère l’écouter. «Il ne vaut mieux pas que j’y chante», plaisante-t-il.

De véritables chats

L’esprit d’entreprise caractérise ainsi les «Matous», un nom que les habitants semblent bien porter. Selon la légende, un jeune homme du village aurait tenté de séduire une fille de Villars-le-Terroir, qui était catholique à l’époque. Bravant les interdits, il était comme un chat en chasse, d’où le sobriquet utilisé pour le désigner. Si les Russ se sont sentis accueillis parmi les Matous, c’est aussi parce qu’ils ont fait l’effort de s’intégrer. Les villageois ont l’esprit d’indépendance et, comme souvent, c’est aux nouveaux venus de venir à leur rencontre.

Un départ à la retraite en douceur

L’autonomie ne les empêche pas de se sentir proches des habitants de la région. Il y a neuf ans, le médecin de famille a convié tous ses patients pour fêter son départ à la retraite. Ils étaient 500 personnes à se réunir autour d’un repas dans la grande salle de Penthéréaz. «Le but était que la succession se fasse en douceur. Il fallait permettre à mes patients de s’adapter à mon nouveau statut, qui était celui de retraité et non plus de soignant», explique-t-il. Un moment riche en émotions, qui montre que le couple fait autant partie de la commune que les familles qui en sont originaires.

Emmanuelle Vollenweider