Logo

Retour dans une autre vie

20 décembre 2018 | Edition N°2400

A l’exception d’un passage de deux ans à Château-d’Oex, Beat Kindler n’a connu que trois clubs dans sa carrière. Avant de partir pour le LHC puis d’embrasser une carrière d’entraîneur à la vallée de Joux, le premier se nommait Lyss. Et il y retourne pour la première fois en match officiel en tant que technicien samedi.

«J’avais 25 ans. A l’époque, je touchais 1500 francs par année pour jouer en LNB. Zurich était arrivé et avait posé 80 000 francs sur la table. J’avais décliné, je ne me sentais pas prêt à partir. Pas encore. Mais j’avais prévenu les gens du club: j’allais bientôt m’en aller.» Six mois plus tard, à la fin de la saison 1990/1991, Beat Kindler signait au Lausanne HC.

7 ans à la «une» sans jouer

Le club dont le Marsupilami – son surnom – parle, c’est le SC Lyss. Enfant du village, c’est là-bas que tout a débuté. «J’avais commencé à m’entraîner avec la première équipe dès l’âge de 13 ans, se souvient celui qui en a désormais 40 de plus. Je passais mon temps sur la glace entre les juniors, les actifs et l’équipe corporative. Et pourtant, j’avais dû attendre mes 20 ans avant d’avoir enfin ma chance à la une. Alors aujourd’hui, je rigole lorsque je croise des jeunes de 18 ans qui pensent que tout leur est dû sans avoir prouvé quoi que ce soit.»

A l’époque, le club bernois était davantage redouté qu’aujourd’hui. Avec Beat Kindler devant ses filets, le SCL avait atteint la LNB à la fin des années 1980. «On avait obtenu notre promotion en même temps que le LHC, lance l’ancien portier. La Ligue B, c’était encore un tout autre rythme. Parfois, on s’entraînait deux fois par jour. Moi, je travaillais à temps plein comme bûcheron à côté. Avec l’accumulation des matches et des déplacements, je m’endormais sur mes troncs dans la forêt.»

Une carrière, trois clubs

Cette vie passée, ce mordu de hockey, qui travaille à présent pour le fournisseur de matériel Interhockey, ne la regrette pas. Même si son départ de sa vallée natale n’avait pas fait que des heureux à Lyss, Beat Kindler y a gardé de bons contacts. «Aujourd’hui, mes anciens coéquipiers sont les parents des joueurs actuels», sourit-il. Parce que le temps file, et que depuis ses adieux, le Marsupilami est passé par deux autres vies.

La première lui a permis de s’affirmer comme un gardien redoutable et de se faire un nom, particulièrement à Malley, où son numéro a été retiré et flotte encore aux côtés de ceux des légendes qui ont marqué le LHC. La seconde l’a vu quitter le monde du hockey professionnel et s’attacher à un club: le HC Vallée de Joux. D’abord comme gardien, puis comme entraîneur dès 2008.

«Lorsque le HCVJ m’a contacté, j’étais persuadé que c’était pour coacher. En deux ans, je n’avais mis que deux fois les pieds sur la glace, explique celui qui a aussi dirigé plusieurs formations juniors. On m’a dit: Non, tu joues! On a besoin d’un gardien.» Le dernier rempart a tenu son rang, obtenu une promotion en 2e ligue célébrée jusqu’au fin fond de la vallée, puis a finalement pu revêtir la casquette d’entraîneur. Un rôle qu’il occupe toujours aujourd’hui – désormais en 1re ligue –, malgré un break de deux ans passé à Château-d’Oex.

Le bon équilibre

Cette vie-là, Beat Kindler ne la changerait pour rien au monde, ou pas grand-chose. Des contacts qui lui permettraient d’entraîner plus haut, celui qui traverse la Suisse chaque semaine pour aller à la rencontre des clubs en compte suffisamment. «Mais j’ai trouvé un certain équilibre entre vie professionnelle, privée et celle de coach. Il m’arrive d’être débordé et de décider à la dernière seconde de ce à quoi va ressembler l’entraînement du soir. Mais je m’en sors et ça me plaît comme ça.»

Samedi, pour la première fois en match officiel, le Beat entraîneur, expérimenté mais toujours aussi direct et émotif va retourner sur les terres du Beat qui a découvert le hockey, le HCVJ se rendant à Lyss dans le cadre du championnat de 1re ligue. «Ça va être un bon moment, je suis impatient», lâche le coach combier, qui reste sur un souvenir mitigé lors de son dernier passage.

«Même s’il m’arrive d’avoir de la peine à contenir mes émotions, je n’ai jamais été expulsé du banc», assure-t-il. Il existe toutefois une exception à la règle: «La saison dernière, on a organisé un match amical avec Lyss, qu’on a joué là-bas. Pour faire court, on dira que je n’étais pas d’accord avec toutes les décisions arbitrales et que, cette fois-ci, j’ai vraiment eu de la peine à le cacher. Au deuxième tiers, j’ai été prié de finir le match en tribune. Et ça sous les yeux de ma mère, qui était venue exprès.»

Playoffs en ligne de mire

Ce week-end, le technicien devra se tenir. Pas seulement parce que beaucoup de regards qu’il connaît bien risquent de se poser sur lui s’il récidive, mais surtout parce qu’il se verrait bien qualifier son équipe pour les playoffs une deuxième fois consécutive. Une victoire permettrait au HCVJ de faire un nouveau pas dans cette direction. «Notre principal problème, qui ne date pas d’hier, c’est notre irrégularité. On est capables de mettre à mal et de battre n’importe quelle équipe, mais on peut tout aussi bien sombrer chez le dernier trois jours plus tard.» Voilà le SC Lyss prévenu.

Les Bernois trônant largement en tête du groupe avec Franches-Montagnes, les Combiers n’auront en tout cas rien à perdre. Au contraire, s’ils gagnent, ils pourraient même offrir un beau cadeau à leur entraîneur, quatre jours avant l’heure.

 

Le LHC montera au Sentier

Beat Kindler n’a rien oublié de ses débuts au LHC. «La discussion autour de la signature de mon contrat n’avait même pas duré une demi-heure. Lorsque j’avais demandé pour le salaire, on m’avait répondu: Dis un chiffre! J’avais à peine eu le temps de le prononcer qu’il était déjà inscrit sur le document. Je n’avais plus qu’à signer.»

Depuis, l’ex-gardien a gardé de très bonnes relations avec son ancien club. A tel point qu’il s’est arrangé pour organiser un match d’entraînement entre son équipe du HC Vallée de Joux et la «une» du LHC. «On doit encore discuter du format», prévient-il. Une chose est sûre, la rencontre aura lieu le vendredi 28 décembre à la patinoire du Sentier.

Florian Vaney