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Un vannier défendra les couleurs suisses en Pologne

14 mars 2019 | Edition N°2456

Michel Québatte tresse le rotin comme personne. En août, l’artisan se rendra au Festival mondial de l’osier et concours de vannerie avec des joueurs de cor des Alpes.

Michel Québatte est dans son élément, dans son atelier situé dans la zone industrielle En Chamard, à Montagny-près-Yverdon. L’homme de 62 ans a de la peine à rester en place. Il zigzague à vive allure, passant d’une pièce à l’autre, pour montrer sa passion sans limite pour son métier empreint d’une certaine magie: la vannerie. «Quand je tresse le rotin, j’ai l’impression que tous mes problèmes s’envolent, explique-t-il. J’ai vraiment le sentiment de m’échapper.»

Dans cinq mois, il rejoindra la Pologne pour représenter les couleurs helvétiques au Festival mondial de l’osier et concours de vannerie. Il sera accompagné par dix-sept joueurs de cor des Alpes, un lanceur de drapeau ainsi que par Simone Rüppel, une vannière vivant outre-Sarine (lire ci-dessous).

Au milieu de la zone industrielle, son atelier détonne. Et il a tout de la caverne d’Ali Baba: des chaises et des meubles restaurés, un fauteuil roulant du XIXe siècle, une coiffeuse, des objets de décoration, des boucliers et des casques de combat celtes, ou encore des coffres et d’autres bahuts. Autant d’objets qui sont passés entre les mains de Michel Québatte, qui leur a donné un second souffle en y ajoutant sa touche personnelle. «Je travaille uniquement dans la création, je ne suis pas un vannier standard, précise-t-il. J’effectue aussi du travail sur-mesure à la demande de certains clients.»

Créativité sans limites

L’artisan marque un temps d’arrêt plus long devant ses paniers. L’agréable odeur de bois, qui prédomine dans la pièce, est d’autant plus marquée à cet endroit. Ici, la créativité de Michel Québatte est exacerbée et n’a pas de limites. Ses paniers n’ont rien de classique. Loin de là. Un cep de vigne en guise d’anse, une horloge incrustée, un porte-bouteilles sur le haut et des formes complètement revisitées rehaussent les objets. Un savoir-faire unique qu’il présentera en août en Pologne.

La vannerie rythme sa vie depuis toujours. S’il s’est lancé sur le tard en tant qu’indépendant, il y a vingt ans, il pratique cet artisanat depuis son plus jeune âge. «J’ai fait une école complémentaire à 15 ans. Nous travaillions le bois, le fer et, en parallèle, le rotin. Ça a été une véritable révélation, poursuit-il, sourire aux lèvres, tout en s’asseyant à une table de son atelier. Surtout qu’à l’école, je voyais davantage l’oiseau dans l’arbre que la grammaire sur le tableau noir.»

Passionné par son art depuis l’enfance, Michel Québatte en a fait son métier, il y a vingt ans, à la suite d’une reconversion professionnelle. © Carole Alkabes

Passionné par son art depuis l’enfance, Michel Québatte en a fait son métier, il y a vingt ans, à la suite d’une reconversion professionnelle. © Carole Alkabes

Enfant de Grandson, Michel Québatte a appris le métier de monteur électricien. Il a travaillé chez Leclanché puis s’est orienté dans la maintenance de brûleurs à mazout et à gaz, avant de bifurquer dans la gestion de l’eau. «Nous prenions des mesures dans les montagnes pour alimenter les communes en eau. J’ai vu des paysages somptueux», se souvient cet homme aux beaux yeux bleu clair. Ce touche-à-tout a ensuite ouvert une société d’électroménager avec son frère Jean-Claude, dans les locaux qu’il occupe actuellement. Durant ses vacances, il se rendait en France pour suivre des formations de vannier. Et il a réussi à toucher le haut du panier en étant intronisé au sein de la Confrérie des façonneurs du noble osier.

Au chevet des personnes en situation de handicap

La success story familiale s’est brutalement arrêtée quand Michel Québatte s’est mis à souffrir d’une hernie discale. Après une opération, le verdict est tombé: il devait quitter l’électroménager. «J’ai alors décidé de m’installer en tant que vannier indépendant. C’est un métier où l’on vit de passion et pas d’argent», prévient l’homme qui a deux fils. Le vannier s’est diversifié en tissant des liens solides avec l’Ecole cantonale d’art de Lausane ou encore avec l’Université de Lausanne. Il faut dire que cet amoureux de la nature aime partager son savoir-faire. Il donne régulièrement des cours aux personnes souffrant d’un handicap, grâce à l’association Procap Nord vaudois, dont il est président et membre du comité depuis plus de vingt ans. «Ce sont des personnes indépendantes, qui vivent chez elles et qui sont bénéficiaires de l’assurance-invalidité. Le tressage leur permet de s’évader et d’oublier un instant leurs maux», note encore Michel Québatte. Il faut dire qu’il s’est beaucoup investi pour améliorer les conditions des personnes en situation de handicap. Il a notamment donné l’impulsion pour que les accès aux châteaux et aux musées vaudois soient améliorés. Les monuments de Grandson, celui de Chillon, ainsi que les Grottes de Vallorbe en ont notamment bénéficié. Mais ce n’est pas tout puisque l’artisan se rend également dans les maisons de retraite, où il propose des activités en lien avec la vannerie. Ses petits plus, mais pas des moindres, ce sont son chien et ses deux colombes apprivoisées, qu’il emmène avec lui. «Comme ça tout le monde peut participer», explique encore l’habitant de Valeyres-sous-Montagny.

Aujourd’hui, Michel Québatte aimerait transmettre tout son savoir-faire à un passionné comme lui. Surtout qu’il est le seul vannier indépendant en Suisse romande. «Derrière, il n’y a pas de relève et j’aimerais vraiment trouver quelqu’un qui fera perdurer cet art.»


Repas de soutien

Ils seront près d’une quarantaine de personnes à se rendre en car à Nowy Tomysl, en Pologne, pour le Festival mondial de l’osier et concours de vannerie, qui aura lieu du 21 au 25 août. Outre les vanniers Michel Québatte et Simone Rüppel, dix-sept joueurs de l’Académie suisse de cor des Alpes ainsi qu’un lanceur de drapeau seront du voyage. Lors de la Fête romande de yodleurs, qui a eu lieu l’été dernier à Yverdon-les-Bains, Michel Québatte a fait la rencontre de Jacky Domont, membre du comité de l’Académie suisse de cor des Alpes. «Je lui ai proposé de venir en Pologne avec nous, explique l’artisan nord-vaudois. J’ai contacté le commissaire du festival qui a été ravi. Ils joueront lors de l’ouverture, du repas de gala et de la clôture du festival.»

Pour financer leur déplacement, Michel Québatte a pris contact avec l’Ambassade suisse à Varsovie. Elle a accepté de prendre en charge une partie du séjour. «Nous allons passer trois jours à Varsovie. L’ambassade nous a invités et souhaite nous rencontrer», se réjouit-il. Et Jacky Domont d’ajouter:«C’est un honneur et c’est assez extraordinaire de jouer dans une ambassade. Pour moi, c’est une première.» Pour boucler leur budget, un repas de soutien aura lieu dimanche, dès 11h, à la Taverne du vigneron à Valeyres-sous-Montagny. L’apéritif sera rythmé par le son du cor des Alpes. Puis une fondue sera servie avant un concert de l’Académie suisse de cor des Alpes, à 15h. A noter enfin qu’une partie de la recette sera versée à l’association de vanniers handicapés de Nowy Tomysl, lors de leur voyage en Pologne.

Lauriane Barraud