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Quand les amateurs deviennent pro

25 octobre 2018 | Edition N°2360

La sélection vaudoise codirigée par le Champagnoux Jean-Daniel Tharin a représenté la Suisse lors de l’UEFA Regions Cup. Les joueurs nord-vaudois Ludovic Zwahlen, Elmedin Hasanovic et Aleksandar Bozic étaient du voyage en Toscane.

Ils sont quinze à avoir mis de côté leur carrière de footballeur amateur pour vivre une parenthèse dans un monde proche de ce à quoi  ressemble la vie de professionnel. Equipement de l’équipe de Suisse sur le dos, la sélection vaudoise vient de passer dix jours en Toscane, à l’occasion de l’UEFA Regions Cup, une sorte d’Euro pour les joueurs amateurs.

Arbitres pros et car attitré

«On a pu bénéficier de soins entre les matches, un car nous attendait devant l’hôtel lorsqu’on devait se déplacer, on était arbitrés par des profesionnels: on a vécu comme des pros, glisse le  gardien Baulméran du FC Echallens Région Ludovic Zwahlen. A tel point qu’en se baladant en ville avec nos habits de la Nati, pas mal de gens nous ont accostés pour nous poser des questions. Je ne dévoilerai pas leur nom, mais certains coéquipiers ont un peu profité de la situation en faisant croire qu’on était une sélection juniors de la Suisse.»

A la tête du groupe vaudois représentant le pays, le Champagnoux Jean-Daniel Tharin, qui partageait le rôle d’entraîneur avec Jean-Philippe Karlen. «J’avais déjà vécu une semaine inoubliable en Serbie il y a quatre ans, mais celle-ci restera gravée à jamais. Il n’y a pas un joueur qui m’a déçu, tous ont été formidables dans la vie du groupe et sur le terrain», apprécie «Tonton» Tharin, qui a profité du séjour pour noter quelques adresses pour ses futures vacances. Il était entouré de Gilbert Carrard et Alain Klaus, respectivement président et secrétaire général de l’ACVF, ainsi que d’une masseuse et d’une médecin.

Car si la sélection, dont faisaient également partie le Chavornaysan Aleksandar Bozic et l’Urbigène Elmedin Hasanovic, aura bien profité des paysages et de l’animation du centre de l’Italie, elle s’est rendue en Toscane dans un but précis: prolonger le rêve en se qualifiant pour le tour final de la compétition. Pour cela, la donne était claire: terminer parmi les deux premiers de son groupe de quatre. Un objectif que les Vaudois étaient absolument certains d’avoir rempli une fois le coup de sifflet de l’ultime rencontre face à la Moldavie donné.

Un contre fatal

Pour comprendre, il faut remonter un peu dans le temps. Au premier match, perdu face à la Pologne, tout d’abord. «On a encaissé deux buts qui nous ont fait très mal. Le premier juste avant la mi-temps, alors qu’on avait ouvert le score un peu contre le court du jeu. Le second, celui du 3-1, sur un contre en toute fin de match, quand on poussait pour égaliser», détaille Jean-Daniel Tharin. La Suisse ne le savait pas encore, mais cette réussite allait être à l’origine d’une polémique pas encore réglée.

les quatre Challensois sélectionnés (de g. à dr.): Baptiste Bersier, Valentin Dupuis, Aleksandar Bozic et Ludovic Zwahlen. © Photos: Alain Schmitz

les quatre Challensois sélectionnés (de g. à dr.): Baptiste Bersier, Valentin Dupuis, Aleksandar Bozic et Ludovic Zwahlen. © Photos: Alain Schmitz

«Trois jours plus tard, on affrontait l’Italie. Le pays du football, qui jouait en plus à domicile, reprend l’ancien coach de Champagne et de Champvent. Pendant plus de vingt minutes, on n’a pas vu le ballon. Si on en prenait trois, c’était la même chose. Là encore, on a ouvert le score, mais on s’est retrouvés menés 1-2 à l’heure de jeu. C’est là que notre tournoi a vraiment débuté. A partir de ce moment, on a évolué à 120% de nos capacités. On a retourné le match d’une façon grandiose.» Score final 3-2.

L’Italie et la Pologne ayant battu la Moldavie entre-temps, les Helvètes ont passé les deux jours suivants à effectuer des calculs d’apothicaire. «Avec une victoire 6-0, on passait à coup sûr. On a tourné ça dans tous les sens: ce résultat devait nous garantir une place au tour final. Et le plus dingue, c’est que nos joueurs l’ont fait! Ils ont battu la Moldavie 6-0.»

L’histoire n’est pas finie

Sauf que la sélection vaudoise s’est retrouvée confrontée à un problème qu’elle n’avait pas anticipé. «Lorsque trois équipes finissent à égalité de points, seules les rencontres qu’elles ont disputé l’une contre l’autre comptent pour les départager. Du coup, même si on avait le meilleur goal-average du groupe, on a terminé à la 3e place», regrette Jean-Daniel Tharin.

Le réglement n’étant pas totalement clair – «c’est sans doute dû à la traduction anglais/français» –, l’ACVF a décidé de recourir et attend une réponse définitive. Mais autant dire que les chances de voir la Suisse poursuivre la compétition sont très faibles. «Reste que, si on peut faire quoi que ce soit pour revivre ce genre d’émotions, on ne va pas se priver», conclut «Tonton» Tharin.

Rivalité challenso-veveysanne

Cette aventure en Toscane, c’est aussi l’histoire d’une rivalité: celle qui oppose Echallens à Vevey. En composant leur équipe de joueurs amateurs, Jean-Daniel Tharin et Jean-Philippe Karlen se devaient forcément de puiser dans le contingent des formations de 1re ligue, sachant que les footballeurs de clubs militants plus hauts n’étaient pas éligibles. Et les deux entraîneurs ne se sont pas privés, eux qui ont sélectionné… huit Veveysans et quatre Challensois. Un pari risqué, lorsqu’on sait que les deux clubs sont à la lutte pour disputer les finales en championnat. «S’il y avait deux clans? Peut-être lors du repas initial, et encore. Après la première soirée, tout le monde était mélangé et formait une seule et même équipe. C’était beau à voir et fantastique à vivre en tant qu’entraîneur», se réjouit «Tonton» Tharin.

«Finalement, on s’est quand même bien charriés», sourit Ludovic Zwahlen. Le sujet principal des chamailleries? Le derby importantissime entre les deux équipes du 11 novembre prochain. «On a essayé de prévenir les Veveysans. Ils verront bien sur le terrain…», a encore lancé, taquin, le gardien baulméran d’Echallens.

Florian Vaney