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Se retirer pour mieux s’envoler

16 décembre 2016 | Edition N°1894

Snowboard – Le rider Lucas Baume a mis un terme à sa carrière. Une libération pour le Combier, qui retrouve le plaisir de rider. Confessions.

Lucas Baume multiplie les séances photo, cet hiver. ©Philipp Ruggli / Mariell Vikkisk

Lucas Baume multiplie les séances photo, cet hiver.

La période de vaches maigres du snowboard en Suisse romande n’est pas prête de prendre fin. Après une adolescence consacrée corps et âme à son sport, Lucas Baume a décidé de renoncer à la compétition. Un choix de cœur et de raison. Une manière, aussi, pour le Combier de 21 ans, de revenir à l’essence même du freestyle.

Les premiers flocons de neige tout juste tombés, l’adepte des tremplins s’envole vers d’autres cieux. Exit les dossards, médailles et autres podiums. Mais pas les caméras. Il y en aura même davantage qui seront braquées sur le rider du Brassus, puisqu’il vient de signer plusieurs contrats avec quelques grandes marques de snowboard, afin de faire la promotion de leurs produits. Une notoriété naissante qu’il compte bien faire fleurir et entretenir le plus longtemps possible.

Une décision assumée

«Au début de la saison passée, j’étais déjà en contact avec la station de Laax, en vue du tournage d’une vidéo de promotion», narre celui qui passe le plus clair de ses hivers dans la station grisonne.

Une collaboration naissante qui s’est poursuivie, et même intensifiée, durant l’hiver. «Quelque part, j’avais déjà à moitié tourné le dos à la compétition», glisse le Nord- Vaudois.

Il faut dire que rien n’a réellement joué en sa faveur sur le plan physique. Blessé à une épaule, il y a une année, l’ancien membre du cadre national a dû faire l’impasse sur bon nombre de compétitions.

«Ça m’a considérablement freiné dans mon élan et dans ma motivation, retrace-t-il. Je ne suis jamais parvenu à retrouver mon meilleur niveau, alors j’ai décidé d’arrêter.» Une décision mûrement réfléchie et assumée qu’il aurait même déjà pu prendre quelques mois auparavant : «Je voulais d’abord terminer ma formation réalisée dans le cadre du programme sport-étude. Une possibilité seulement offerte aux personnes engagées en compétition.»

Son CFC de commerce en poche, l’adepte de slopestyle a tourné le dos au snowboard pour, quelque part, mieux le retrouver. «L’ambiance dans l’équipe nationale se détériorait. Je n’avais plus de plaisir à faire ce que j’ai toujours fait», regrette Lucas Baume. Les temps changent et, comme dans bien des domaines, le snowboard a évolué, perdant un peu l’essence du freestyle, le fun, au profit des aspects plus froids de la compétition pure et dure. «Aujourd’hui, les riders veulent sauter plus vite, plus haut, et faire le plus de tours possible. Le snowboard ressemble de plus en plus à du saut acrobatique», s’étonne le freestyler. Un virage à 180 degrés peu au goût de celui qui se plaît à en dessiner, avec finesse et décontraction, dans les airs.

Une grâce aérienne qui n’a pas laissé de marbre quelques grandes marques du milieu désireuses de s’attacher les services du Combier à des fins publicitaires. Un nouvel univers bien loin des carcans de la compétition. «On échange beaucoup avec les réalisateurs, les caméramen et les photographes. C’est un autre milieu, une autre ambiance et un autre savoir-faire», se réjouit le curieux de nature. Des collaborations qui le mèneront, dès cet hiver, sur les pentes enneigées du Japon à la Californie, en passant par la Russie. «Les marques veulent toucher toujours plus de gens, en leur montrant des figures propres, réalisées avec du style. C’est une manière de penser que je partage. J’aime faire découvrir la beauté du snowboard. Quand je vois ce qui se fait actuellement en compétition, personnellement, ça ne me donnerait pas envie de commencer à rider», argue celui qui dévale les pistes depuis son plus jeune âge.

Reste que, même en partie financés, les voyages coûtent chers. «En ce moment, mes sponsors (ndlr : Nitro et Vans notamment) financent surtout mon matériel, souligne Lucas Baume. Du coup, je vais essayer de trouver du travail l’été, afin de financer ma prochaine saison de glisse. Mais j’espère pouvoir rapidement décrocher un contrat avec une grosse marque, afin de prendre mon pied et rider toute l’année.»

Simon Gabioud