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Le coup de crayon de Martial Leiter a fait mouche

15 juin 2018 | Edition N°2268

Yverdon-les-Bains  – L’Association Plans-Fixes consacre un portrait à l’artiste.

«J’espère que les gens qui verront le film seront indulgents avec moi. Des fois, je me dis: Mais pourquoi, j’ai dit ça! Et en même temps, je ne vais pas m’inventer une vie de banquier que je n’ai jamais eue.» Le dessinateur Martial Leiter fait l’objet d’un documentaire, tourné en janvier dernier et réalisé par l’Association Plans-Fixes, qui sera présenté à l’Aula Magna du Château d’Yverdon-les-Bains, demain à 18h30.

Né en 1952 à Fleurier (NE), l’homme qui manie le pinceau et l’encre de Chine depuis sa jeunesse a débuté sa vie d’artiste à l’avenue des Bains. «Au milieu des années 1970, il se passait beaucoup de choses à Yverdon, se souvient-il. La rencontre avec l’éditeur et écrivain Rolf Kesselring a été fondamentale pour moi. J’ai passé passablement de temps dans sa librairie La Marge, un lieu culte de la bande-dessinée surréaliste.»

C’est à cette période qu’il commence à dessiner des caricatures pour la presse écrite. «C’était une époque très différente. On y allait franchement au culot, quitte à heurter les bourgeois et à se faire traiter de communistes», poursuit-il. Nostalgique? Martial Leiter s’en défend: «Aujourd’hui, il n’y a plus de débat d’idées, on vit dans une époque très consensuelle», constate-t-il. Et d’ajouter: «Je n’ai jamais signé un seul contrat de ma vie».

Las du dessin de presse, l’artiste ouvre son propre atelier dans les années 1980, à Lausanne. «Mes dessins étaient peut-être trop élaborés pour commenter l’actualité quotidienne, et j’ai préféré dessiner à un rythme plus lent», révèle-t-il.

Un métier de silence

Dans un style parfois très sombre, qui contraste de manière saisissante avec le personnage, Martial Leiter a abordé des thèmes liés à la pollution, au nucléaire et aux réfugiés, notamment. «J’ai été très influencé par l’artiste bernois Emil Zbinden, qui m’a fait découvrir les expressionnistes allemands et les gravures de Käthe Kollwitz, explique-t-il. Cette artiste berlinoise, qui a vécu l’entre-deux-guerres, m’a complètement bouleversé.»

Depuis quelques années, l’homme dessine essentiellement des montagnes et des mouches. «Quel intérêt?, se demande-t-il. C’est peut-être un prétexte pour dire autre chose. Tout au long de ma vie, il y a des choses que j’aurais pu exprimer par la parole, mais j’ai choisi un métier de silence et le dessin est mon moyen d’expression.»

Valérie Beauverd