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Elodie Favre, la voix chevillée au corps

21 mars 2019 | Edition N°2461

Montagny-près-Yverdon – La chanteuse lyrique née à Yverdon-les-Bains se produira dimanche au temple. Portait d’une Vaudoise qui a fait ses gammes en Uruguay.

Son grand-père, Marcel Favre, fromager à Fontaines, se levait durant les fêtes de famille pour entonner des airs tirés du répertoire traditionnel suisse. «Il avait une très belle voix», se souvient Elodie Favre, 42 ans, installée sur un vieux canapé recouvert de velours côtelé vert, dans son école de musique Atempy, sise dans les anciennes usines Leclanché à Yverdon-les-Bains. C’est certainement un peu de là que lui vient sa passion pour le chant. Enfant, cette native de la Cité thermale a rejoint les rangs du petit chœur de Bussigny, où elle a fait toute sa scolarité. Bercée par la voix d’un papa et d’une maman qui pratiquaient le chant en amateurs, elle aimait déjà faire vibrer ses cordes vocales, mais pas au point d’en faire son métier. Le déclic, elle l’a eu plus tard, sous la direction de René Falquet, qui dirigeait le Chœur des gymnases lausannois. «J’ai vécu mes premières grandes expériences classiques», se souvient-elle. Elodie Favre sait, alors, qu’elle deviendra chanteuse professionnelle.

Les cours privés s’enchaînent, et la voilà aux portes du Conservatoire de Lausanne. Elodie Favre n’y passera qu’une année, avant de suivre son premier mari à Montevideo, en Uruguay, où elle intègre le Conservatoire Falleri-Balzo. Elle a 23 ans lorsqu’elle débarque dans ce petit pays d’Amérique du sud, dont elle ne parle pas la langue. Qu’à cela ne tienne: tandis qu’elle poursuit ses études musicales, elle apprend l’espagnol et accouche de son fils, Theo. «Etre jeune et idéaliste et se former tout en ayant un bébé, c’est une belle expérience, note-t-elle aujourd’hui. Ma curiosité m’a emmenée sur des chemins un peu particuliers. C’est une chance d’avoir pu m’imprégner d’une autre culture.»

Retour en Suisse

Au sortir de ses études, les qualités de chanteuse lyrique d’Elodie Favre séduisent l’Orchestre philharmonique de Montevideo et l’Orchestre symphonique national d’Uruguay, entre autres. Durant treize ans, la soprano donnera des concerts dans tout le pays, entrecoupés de retours en Suisse. En 2012, mariée depuis deux ans au pianiste Bernardo Aroztegui, rencontré au Conservatoire Falleri-Balzo, elle choisit de revenir en terres vaudoises. Par envie de renouer avec son pays d’origine, tout d’abord, et par intérêt professionnel. «En Suisse, il y a un foisonnement de propositions, beaucoup plus qu’à Montevideo, et un grand amour pour la musique de chambre.» Le couple pose ses valises à Bussigny. Tandis qu’elle reprend son activité de naturopathe – à laquelle elle s’était formée avant de partir en Uruguay – son mari, professeur de piano et de clavecin, entame un Master en pédagogie. Les rencontres dans le milieu musical s’enchaînent et, en 2016, tous deux décident d’ouvrir une école de musique. Les anciennes usines Leclanché, ses artistes, ses artisans, son émulation: ils sont séduits et Atempy prend ses quartiers à Yverdon-les-Bains.

Du rap dans la voiture

Cette jeune maman – elle a accouché d’une petite Clara en octobre dernier – compose aujourd’hui entre  ses cours de chant à l’école Atempy, son cabinet de naturopathe installé à Préverenges et la dizaine de concerts qu’elle donne chaque année en Suisse, mais aussi en France et en Argentine. La cantatrice est souvent accompagnée par son mari – ce sera le cas dimanche à Montagny-près-Yverdon –, elle qui n’a jamais vraiment approfondi l’apprentissage d’un instrument de musique. Pourtant, elle rêverait d’apprivoiser une clarinette ou de jouer parfaitement du piano: «Mais je n’ai pas du tout le temps!» Les hobbies, d’ailleurs, elle n’y pense même pas. «Les week-ends, on ne sait pas du tout ce que c’est avec mon mari. On a souvent des répétitions et des concerts, la musique prend toute la place!» Ce qui n’empêche pas cette grande amatrice de musique classique et orientale de sortir de sa zone de confort. «J’écoute du rap dans la voiture avec mon fils Theo. Et un jour, une élève m’a demandé de travailler un titre de Pink… J’ai beaucoup aimé!»

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Concert anniversaire

Les Concerts de Grandson réuniront Elodie Favre, Bernardo Aroztegui, la mezzo-soprano native de Grandson Véronique Rapin alias Véronique Valdès, le violoncelliste Pascal Desarzens, les violonistes Denitsa Kazakova et Sandrine Feurer-Taillebois ainsi que l’alto Céline Portat pour un concert baroque, dimanche à 17h au temple de Montagny-près-Yverdon, qui célèbre ses 250 ans. Pour l’occasion, Elodie Favre et son mari se sont entourés d’artistes de renom et ont sélectionné des œuvres datant de 1769 environ, année de la construction de l’édifice.

Réservation sur www.concertsdegrandson.net ou 024 445 51 10

Caroline Gebhard